Sommaire
ToggleQuand la cybersécurité touche à l’humain
La plupart des discours sur la cybersécurité mettent l’accent sur la technologie : antivirus, chiffrement, logiciels de protection. Pourtant, derrière chaque attaque numérique se trouvent des êtres humains. Journalistes, défenseurs des droits humains, jeunes militants : tous peuvent être profondément marqués par un piratage, un harcèlement en ligne ou une campagne de désinformation. Stress, isolement, perte de confiance… les séquelles psychologiques sont bien réelles.
C’est dans cette perspective que deux associations béninoises, JERESTAURE BIEN ETRE et l’Association des Jeunes Volontaires pour le Développement (AJVD), innovent en combinant cybersécurité et soutien psychosocial. Leur projet ne se limite pas à protéger les ordinateurs : il vise à protéger les personnes, dans leur intégrité numérique et émotionnelle.
La cybercriminalité comme menace invisible
Au Bénin, la société civile s’appuie largement sur le numérique pour s’exprimer et mobiliser. Mais cet espace est devenu un terrain de menaces multiples :
- Piratage de comptes pour voler des données ou diffuser de fausses informations.
- Harcèlement numérique orchestré pour faire taire les voix critiques.
- Chantage et intimidation à partir de contenus privés.
Au-delà des pertes matérielles, ces attaques laissent des traces profondes. De nombreux militants réduisent leur présence en ligne par peur, certains abandonnent leurs activités publiques. Autrement dit, la cybercriminalité ne détruit pas seulement des fichiers : elle fragilise le courage et la résilience de toute une génération de citoyens engagés.
Une approche novatrice : allier technique et psychosocial
Conscientes de cette réalité, JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD ont décidé de compléter la formation technique par une dimension humaine et psychosociale. Leur approche repose sur deux piliers complémentaires :
- La prévention et la protection numérique : Des ateliers pratiques forment journalistes, activistes et ONG à sécuriser leurs comptes, détecter les tentatives de phishing et utiliser des outils de communication chiffrés.
- Le soutien psychosocial et l’entraide communautaire : Un réseau de psychologues et de conseillers accompagne les victimes de cyberattaques. Parallèlement, un dispositif d’alerte collective permet aux membres de signaler rapidement une menace et de recevoir un soutien moral de leurs pairs.
Ainsi, lorsqu’un journaliste subit un piratage ou un harcèlement massif, il ne reçoit pas seulement une assistance technique pour récupérer ses comptes, mais aussi un accompagnement pour gérer le stress et retrouver confiance.

L’entraide numérique comme antidote à l’isolement
Un des aspects les plus innovants du projet est la création d’un réseau sécurisé de communication entre militants. Grâce à des groupes fermés sur des applications chiffrées comme Signal, les membres peuvent partager alertes, conseils et encouragements.
« Avant, quand je subissais des menaces en ligne, je me sentais seul. Aujourd’hui, je sais que je peux envoyer un message au groupe et recevoir un soutien immédiat », confie un jeune activiste.
Cette entraide numérique fonctionne comme un filet de solidarité : elle brise l’isolement des victimes et transforme la peur en force collective.
Un impact au-delà de la cybersécurité
Les retombées de cette approche se mesurent autant en chiffres qu’en ressentis :
- 50 acteurs civiques formés aux compétences numériques de base.
- 80 membres clés intégrés dans un réseau sécurisé d’alerte et d’entraide.
- 2000 citoyens sensibilisés à travers des campagnes de communication.
Mais l’impact le plus profond est intangible : un climat de confiance retrouvé. Les défenseurs des droits humains continuent à agir, rassurés de ne pas être seuls face aux cybermenaces. La cybersécurité devient ainsi non seulement une question technique, mais aussi un outil de bien-être et de résilience collective.
Conclusion
En associant soutien psychosocial et entraide numérique, JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD apportent une réponse originale à la cybercriminalité. Leur innovation tient dans une conviction simple : on ne peut pas protéger la démocratie sans protéger les personnes qui la portent, dans toutes leurs dimensions.
Dans un monde où la cybercriminalité s’attaque autant aux machines qu’aux esprits, cette approche holistique trace une voie nouvelle. Elle rappelle que la résilience numérique est aussi une résilience humaine. Et qu’au-delà des firewalls et des mots de passe, c’est la solidarité qui reste le meilleur rempart contre la peur.



