JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD en première ligne pour renforcer la résilience numérique au Bénin

1. Introduction

Au Bénin comme dans de nombreux pays africains, la transition numérique s’accélère à grande vitesse. Les échanges sociaux, le travail des journalistes, les actions des organisations de la société civile et même les services publics reposent de plus en plus sur les outils numériques. Si cette évolution ouvre de formidables opportunités en matière de communication, d’accès à l’information et de participation citoyenne, elle s’accompagne également de menaces grandissantes. Cybercriminalité, surveillance illégale, harcèlement en ligne, campagnes de désinformation : autant de risques qui fragilisent les acteurs civiques et menacent la liberté d’expression.

Dans ce contexte, la protection des défenseurs des droits humains, des jeunes militants et des journalistes devient un enjeu crucial. C’est précisément pour répondre à cette urgence que deux organisations béninoises, Jeunesse Innovante et Restauration du Bien Être (JERESTAURE BIEN ETRE) et l’Association des Jeunes Volontaires pour le Développement (AJVD), se sont engagées dans un projet ambitieux de renforcement de la résilience numérique. Leur objectif est clair : outiller et accompagner les acteurs civiques afin qu’ils puissent agir en toute sécurité dans l’espace numérique, sans craindre la répression ou les attaques.

À travers des formations, un système d’alerte innovant, un accompagnement psychosocial et un plaidoyer pour un cadre réglementaire plus protecteur, ces deux associations se placent désormais en première ligne pour défendre la société civile face aux défis du numérique. Leur initiative marque un tournant important pour la démocratie béninoise et illustre comment l’engagement citoyen peut façonner un espace numérique plus sûr et plus inclusif.

2. Le contexte numérique au Bénin : opportunités et menaces

Depuis une dizaine d’années, le Bénin a connu une véritable révolution numérique. La dématérialisation progressive des services publics, l’essor des médias en ligne et l’utilisation massive des réseaux sociaux ont profondément transformé la manière dont les citoyens s’informent, interagissent et participent à la vie publique. Cette dynamique a ouvert de nouvelles opportunités en matière de transparence, de participation citoyenne et de développement économique.

Cependant, cette numérisation rapide s’accompagne de risques majeurs. Les acteurs civiques tels que journalistes, blogueurs, défenseurs des droits humains et jeunes militants, sont de plus en plus exposés à des formes variées de cybermenaces. Le harcèlement en ligne, la cybercriminalité, la surveillance illégale des communications et les campagnes de désinformation sont devenus monnaie courante. Ces pratiques fragilisent la liberté d’expression, instillent un climat de peur et poussent de nombreux acteurs à l’autocensure.

Par ailleurs, bien que le pays dispose d’un Code du numérique censé réguler l’espace digital, ce cadre juridique est perçu par une partie de la société civile comme un instrument de restriction. Plusieurs dispositions sont critiquées pour leur tendance à criminaliser les voix critiques, ce qui limite le débat démocratique et réduit la vitalité de l’espace civique.

Ainsi, le paysage numérique béninois présente un double visage : d’un côté, un outil puissant pour la démocratie et la mobilisation citoyenne ; de l’autre, un espace fragile où la vulnérabilité des acteurs civiques appelle à des actions urgentes de protection, de formation et de plaidoyer. C’est dans cette réalité contrastée que s’inscrit l’initiative portée par JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD.

3. Le rôle de JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD : acteurs de première ligne

Face à ces menaces numériques grandissantes, deux organisations locales se démarquent par leur engagement et leur capacité à mobiliser : Jeunesse Innovante et Restauration du Bien Être (JERESTAURE BIEN ETRE) et l’Association des Jeunes Volontaires pour le Développement (AJVD). Toutes deux sont ancrées dans les réalités sociales du Bénin et partagent une mission commune : renforcer la participation citoyenne et protéger les droits fondamentaux, en particulier dans un contexte où la jeunesse et la société civile sont en première ligne des mutations numériques.

JERESTAURE BIEN ETRE s’est illustrée depuis plusieurs années dans des initiatives visant à améliorer le bien-être des jeunes, à promouvoir l’innovation sociale et à encourager l’engagement citoyen. En intégrant la dimension numérique à ses actions, l’organisation reconnaît que le bien-être ne peut être dissocié de la sécurité dans l’espace digital, devenu un prolongement essentiel de la vie publique.

De son côté, AJVD s’appuie sur une solide expérience dans le volontariat, le développement communautaire et le renforcement des capacités des jeunes. Son approche inclusive et participative en fait un acteur clé pour mobiliser des volontaires, faciliter la sensibilisation et construire des passerelles entre la société civile, les autorités publiques et les experts du numérique.

En conjuguant leurs forces, les deux associations forment un duo complémentaire. Leur rôle ne se limite pas à la protection technique contre les cybermenaces : elles se positionnent également comme des catalyseurs de dialogue, de solidarité et de plaidoyer. En cela, elles incarnent une réponse locale et adaptée à un problème global, démontrant que la résilience numérique peut émerger de la société civile elle-même.

4. Le projet de renforcement de la résilience numérique

Conscientes des défis posés par l’environnement numérique béninois, JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD ont lancé un projet ambitieux dont l’objectif central est de renforcer la résilience numérique de la société civile. Ce programme se déploie sur six mois, de juillet à décembre 2025, et s’articule autour de plusieurs axes complémentaires qui visent à la fois la formation, la protection et la mobilisation collective.

  • Former les acteurs civiques à la cybersécurité

Le premier pilier du projet repose sur la formation. Des ateliers pratiques de deux jours, organisés à Parakou, visent à doter cinquante acteurs civiques – journalistes, défenseurs des droits humains, jeunes militants – des compétences essentielles en matière de sécurité numérique. Ces sessions abordent des thématiques clés telles que la protection des données personnelles, la détection des cybermenaces, l’usage sécurisé des outils numériques ou encore la connaissance des droits numériques. À l’issue des formations, les participants repartent avec des plans d’action individuels et des outils concrets pour appliquer leurs acquis dans leur travail quotidien.

  • Créer un système d’alerte et de communication sécurisé

Au-delà de la formation, le projet met en place un réseau collaboratif sécurisé. Grâce à l’utilisation de plateformes comme Signal ou WhatsApp Business paramétrées pour la confidentialité, les acteurs clés disposent désormais d’un groupe de discussion protégé pour partager informations et alertes. Une newsletter sécurisée est également créée pour diffuser régulièrement des mises à jour, des conseils pratiques et des retours d’expérience. Cet espace digital protégé permet de briser l’isolement, de réagir plus vite aux menaces et de créer une solidarité numérique inédite.

  • Dialoguer avec les institutions et les experts

L’un des volets les plus innovants du projet est l’organisation d’un dialogue multipartite réunissant la société civile, les autorités publiques, les experts du numérique et les avocats. Cette table ronde de deux jours vise à débattre de sujets sensibles comme la surveillance numérique, la protection des données et la criminalisation des voix critiques. L’objectif est de sortir du face-à-face tendu entre autorités et militants pour instaurer un cadre d’échanges constructifs, aboutissant à des recommandations pour un environnement numérique plus protecteur et plus transparent.

  • Accompagner et soutenir les victimes de cybermenaces

Enfin, le projet prévoit la mise en place d’un système de suivi, d’alerte et de soutien psychosocial. Il s’agit d’une innovation majeure, car la plupart des initiatives de cybersécurité se limitent à l’aspect technique. Or, les victimes de cyberharcèlement ou de surveillance intrusive souffrent aussi de conséquences psychologiques parfois graves. En intégrant psychologues, avocats et militants dans le dispositif, le projet apporte une réponse holistique : juridique, technique et humaine.

En combinant ces quatre dimensions : formation, protection, dialogue et soutien, JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD posent les bases d’un modèle complet de résilience numérique. Leur approche illustre comment des organisations locales peuvent créer un impact durable en conjuguant expertise, solidarité et plaidoyer.

5. Un impact attendu sur la société civile et les citoyens

L’un des points forts du projet porté par JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD réside dans ses retombées concrètes et mesurables. L’initiative vise en effet à produire des résultats tangibles pour la société civile et, au-delà, pour l’ensemble des citoyens béninois.

D’abord, plus de 50 acteurs civiques, journalistes, défenseurs des droits humains, leaders associatifs et jeunes militants, bénéficieront de formations pratiques en sécurité numérique. Ces bénéficiaires directs deviendront à leur tour des relais de savoir et de sensibilisation au sein de leurs communautés, créant ainsi un effet multiplicateur.

Ensuite, la mise en place d’un système d’alerte et de communication sécurisé permettra à un réseau de près de 80 acteurs clés de partager rapidement des informations fiables, de signaler des incidents et de bénéficier d’un accompagnement. Cet outil contribuera à briser la solitude que ressentent souvent les victimes de cybermenaces et renforcera la solidarité entre organisations.

Par ailleurs, les campagnes de sensibilisation prévues devraient toucher plus de 2000 citoyens via les réseaux sociaux, les médias locaux et les activités de terrain. En vulgarisant les notions de protection des données, de vigilance face à la désinformation et de droits numériques, ces campagnes contribueront à bâtir une culture numérique plus responsable et inclusive.

Enfin, l’accent mis sur le soutien psychosocial est une véritable innovation. Les personnes confrontées à des cyberattaques, du chantage en ligne ou du harcèlement auront accès à une écoute professionnelle et à une assistance adaptée. Cela aidera à limiter les traumatismes, à restaurer la confiance et à renforcer la capacité des victimes à continuer leur engagement civique.

Au total, ce projet ne se contente pas de renforcer la sécurité technique : il crée les conditions d’un espace civique plus résilient, où la liberté d’expression et la participation citoyenne sont mieux protégées contre les menaces numériques.

6. Défis et perspectives

La mise en œuvre du projet par JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD a déjà franchi une étape importante avec la tenue de la première activité : la formation de cinquante acteurs civiques à la sécurité numérique. Cette étape inaugurale a permis de confirmer l’intérêt et la pertinence du projet. Les bénéficiaires, issus de profils variés : journalistes, jeunes militants, défenseurs des droits humains ont exprimé leur enthousiasme et souligné l’urgence de mieux protéger leurs données et leurs communications dans un environnement de plus en plus hostile.

Cependant, ce succès initial ne doit pas masquer les défis à venir. L’un des principaux obstacles réside dans la pérennisation des acquis. Former des acteurs est une première étape, mais garantir qu’ils appliquent ces connaissances et qu’ils deviennent eux-mêmes des relais auprès de leurs pairs demande un suivi constant et des ressources supplémentaires.

Un autre défi tient à la résistance institutionnelle. Le dialogue multipartite prévu entre la société civile, les experts et les autorités pourrait se heurter à des réticences, en particulier lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets sensibles comme la surveillance numérique ou les restrictions liées au Code du numérique. Il faudra donc déployer des stratégies de plaidoyer intelligentes et inclusives pour instaurer une relation de confiance.

Enfin, la durabilité du projet après les six mois de mise en œuvre reste un enjeu majeur. Les deux associations devront explorer des mécanismes de financement complémentaires, renforcer les partenariats avec d’autres ONG régionales et capitaliser sur les premiers résultats pour convaincre de nouveaux soutiens.

Malgré ces défis, les perspectives sont prometteuses. Le succès de la première activité témoigne du potentiel transformateur du projet. Si les prochaines étapes : système d’alerte, campagnes de sensibilisation, soutien psychosocial et dialogue multipartite, se déroulent avec la même implication, le Bénin pourrait devenir un exemple régional en matière de protection numérique de la société civile.

7. Conclusion

Le projet porté par JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD s’impose comme une réponse concrète et innovante aux menaces qui pèsent sur la société civile dans l’espace numérique béninois. En initiant dès la première activité une formation réussie auprès de cinquante acteurs civiques, les deux associations ont démontré leur capacité à transformer l’inquiétude en action, et la vulnérabilité en résilience.

Au-delà des compétences techniques, c’est une véritable culture de solidarité et de vigilance numérique qui est en train de naître. La mise en place de réseaux sécurisés, l’accompagnement psychosocial et le dialogue multipartite prévu contribuent à redéfinir la manière dont les citoyens et les organisations s’approprient leur rôle dans un environnement digital fragile mais porteur de grandes opportunités.

Protéger les droits numériques, c’est protéger la liberté d’expression, la participation citoyenne et, in fine, la démocratie elle-même. En se positionnant en première ligne, JERESTAURE BIEN ETRE et AJVD prouvent que la société civile dispose des ressources et de l’énergie nécessaires pour relever ce défi. Leur initiative ouvre la voie à une société béninoise plus résiliente, inclusive et confiante dans son avenir numérique.

Retour en haut